Page 14 Sommaire de la revue N° 27 Page 16

On m'a volé mon 1000 ème col !

Revue N° 27 Page 15

Ah ! que n'avais-je relu plus tôt les anciennes revues des 100 cols ! Que n'étais-je retombé sur l'article de Patrick UNGER dans le n° 17 de 1989 ! Eh oui, j'aurais pu éviter la même désillusion que lui. Et même bien pire puisque, moi, c'est mon 1000 ème qui avait disparu.

Vous vous imaginez ça, vous ? 10 ans de quêtes par monts et par vaux, par tous les temps, de décorticages minutieux de cartes Michelin et IGN, de pointages méticuleux du guide Chauvot, de repérages millimétrés d'abscisses et d'ordonnées, tout ça pour en arriver à cette constatation impensable : mon 1000 ème col, celui que j'attendais depuis si longtemps, mon 1000 ème col n'existait plus.

Et pourtant, quelle joie intense, ce vendredi 29 août 97 ! Après un été riche d'une moisson exceptionnelle, j'arrivais à portée du Graal. Ce matin-là, au départ de Génolhac où je m'étais basé pour 4 jours afin de rayonner plus à l'aise sans mes sacoches, de muletiers en routiers cévenols. L'évènement tant attendu était programmé ! ce serait le col de Mal Pertus, un petit col sympa, sur une petite route forestière, parallèle à celle qui plonge sur la Grand'Combe... tout du moins d'après ma carte.

Pourquoi celui-là et pas un autre ? Oh ! tout simplement le hasard de la loterie "centcolite" et à cause d'un orage démentiel, la veille, du côté de Jalcreste qui m'avait fait "oublier" un col, pour n'avoir pas sorti ma carte au bon moment.

Le col des Portes et son château en réfection fut donc le 999ème. Le soleil brillait. La journée était magnifique, le moment émouvant. Quel plaisir de n'être plus qu'à une marche du but !

Plongée dans la vallée, traversée du village de l'Affenadou, 1ère petite route à droite, seulement la grande départementale pour la Grand'Combe. Heureusement, à quelques centaines de mètres, une bifurcation à droite entretient un instant mes illusions malgré un inquiétant panneau de chantier et un signal de voie sans issue. Deux lacets plus haut et un bout de ligne droite plus loin : STOP ! Un grand portail métallique barrait la route qui menait... autrefois, au col de Mal Pertus.
L'incroyable vérité éclatait à mes yeux comme sortant d'un puits, d'un puits de mine. Que dis-je d'un puits ? D'un cratère de mine à ciel ouvert ! Les Houillères des Cévennes avaient englouti la montagne. Mon 1000ème col avait été assassiné à coups de pelleteuses et de bulldozers. Il n'en restait plus qu'un trou immense barré à l'horizon par une muraille de déchets.

Ainsi, comme le prédisait tristement Patrick UNGER, voici 9 ans déjà, "plus personne ne pourra passer la référence 30-24 du Chauvot".

Alors, dépité comme vous pouvez l'imaginer, je plongeai vers la cité minière du fond de la vallée pour y mettre ma déception en bière et y acheter la plus récente édition de la Michelin 80 où, effectivement, mon petit col tant désiré n'était plus mentionné, remplacé par un sigle tout à fait évocateur de son sort.

C'est là qu'on m'apprit que les houillères allaient bientôt fermer, perspective qui ne me procura aucun plaisir puisque chômage s'ajoutera à destruction écologique.

Mais, bon sang, je n'allais pas rester là, mon verre de bière vide devant moi. Le Mal Pertus était mort mais le suivant présentait ses lacets de l'autre côté de la vallée. En selle ! Le 1000ème col restait encore à venir. Et ce fut la Croix des Vents, un chouette petit col au sommet ombragé, à 340 m d'altitude, avec une petite auberge fermée en cette fin de saison, sur les marches de laquelle je pus laisser mes souvenirs méditer tous seuls. C'est ainsi que se mirent à défiler tous ces chasseurs de cols rencontrés au hasard de la route et qui m'avaient, pour les uns, donné le virus, pour les autres, entretenu la passion , et pour tous, inspiré un article pour notre revue de 1994 à propos de mes "rencontres au sommet".

Mais l'heure tournait, les meilleures choses ont une fin. Il fallait repartir, quitter ce 1000 ème col pour, tout de suite, une première infidélité : le 1001 ème qui n'allait pas tarder et premier d'une très longue série.

Bruno FRILLEY N°2806

de Montgeron (Essonne)


Page 14 Sommaire de la revue N° 27 Page 16