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Chien sans collier au Collet

Revue N° 17 Page 39

Je n'ai jamais mordu de chien... "Ils" m'ont déjà mordu 3 fois...

A cause d'un chien, un 25 décembre, j'en ai fait venir des larmes au Père Noël...

Cette année encore, pour mon anniversaire, en février, je voulais m'offrir un cadeau de moi à moi et à mon vélo : un col, un col nouveau de préférence, sans aller le chercher trop loin, sans le payer trop cher... C'est de plus en plus difficile d'en trouver, même avec les additifs du Guide Chauvot et même en regardant les cartes au 1/25000e à la loupe... Une année j'avais découvert près de ma porte le Col de Pigna : 140 m (06-3) en lisant un compte-rendu de gestion municipale sur les cimetières... Cette année, j'ai appris l'existence d'un col de la Croix, près de l'Escarène, par Marcelle qui essaye de revivre et de survivre en participant, entre autre, aux sorties pédestres du Club "Bien Vivre" ; c'est elle qui m'a donné l'idée de ce col, c'est elle qui en tapera le récit sur sa machine à écrire.

Ce col de la Croix est, sur le terrain, dans le relief d'une ligne de crête à 588 m, entre 2 sommets à 642 et 675 m ; on y accède par une route goudronnée à partir du col de Nice :412 m (06-17). Aucun doute possible : c'est un col, au- dessus de la Croix des Termes sur l' I.G.N. 3742 ouest ; j'y suis arrivé le 11-2-89 vers midi. Au retour, par un autre itinéraire non goudronné sur moins de 2 km, j'ai rattrapé une bonne route au-dessus de N.D. du Téron, puis j'ai rejoint le Col Pelletier : 310m ( 06-14) et le Collet : 290m (06-12) avant de rejoindre la Vallée du Paillon qui est à Nice ce que la Seine est à Paris... toutes proportions gardées...

Au Collet : un oratoire, un panorama... idéal pour une pause casse-croûte malgré l'agressivité bruyante de molosses derrière des grillages... Pourquoi a-t-il fallu qu'une espèce de chien loup sorte de je ne sais où, et vienne me renifler dangereusement les mollets ? peur ? moi? oui quelquefois ! J'ai fait celui qui ne le voyait pas et je me suis assis dans l'herbe... il s'est assis à côté de moi... j'ai continué à ne pas vouloir le voir mais nos regards se sont croisés... Oh! ce regard ! regard de chien perdu ? abandonné ? battu ?.. en quête de quoi ? Est-ce qu'une femme m'a déjà regardé avec autant d'intensité, d'attention, d'attente ?.. Que signifient nos regards ?.. Regards de maîtres et d'esclaves... de vainqueurs et de vaincus... de battants et de battus... de tortionnaires et de torturés... de naufragés et de sauveteurs... de soignés et de soignants... de vivants et de mourants... regards d'amoureux... regards de Bernadette et de Marie un 11 février à Lourdes... en 1858... Que voulait-il me dire ? "Parles-moi"... "Caresses-moi"... "Donnes-moi quelque chose"... "Donnes-moi ton amitié"...
Je me suis levé, j'ai repris mon vélo, j'ai marché plus d'un kilomètre... le chien était toujours là... je lui ai parlé, je lui ai offert de mon pain d'épices qu'il n'a pas aimé. Comment m'en débarrasser ?.. A la faveur d'un écart dans le fossé, je suis parti en descente à toute vitesse dans une longue ligne droite... comme un fuyard... je me suis retourné... le chien s'est arrêté après avoir essayé de me suivre, mais dans sa tête et son cœur de chien n'a-t-il pas pensé avec quelque raison que j'étais lâche ? Chienne de vie ! Peut-être avait-il lu Andrei Tarkowski - cinéaste soviétique mort en exil à Paris en 1987 à 54 ans - dans "LA VIE" du 19-1-1989 page 56 :
"Ce qui est important c'est de deviner pourquoi nous avons été convoqués du néant à l'existence ; mais ne vivons pas pour être heureux mais pour être sauvés".

Et nous, pourquoi... et pour qui... pédalons-nous ?

Paul ANDRE

MENTON


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