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Saisies-sans

Revue N° 27 Page 30a

Mes déplacements professionnels vont me faire habiter quelque temps à THONES, en Haute-Savoie. Quel bonheur pour un Centcoliste !

C'est ainsi qu'un matin de juin, à l'appel d'un ciel bleu et d'une température agréable, je décide de mettre quelques cols supplémentaires à mon palmarès.
L'objectif principal est celui des Saisies. J'annonce à mon épouse un retour prévu vers les 13 heures.

Il fait beau. La température est idéale. Le col du Marais, franchi en guise d'échauffement, me lance sur celui des Essérieux, qui, dans ce sens, est descendant. A Faverges, direction Ugine, et j'attaque le col de l'Arpettaz.

Tout à gauche, et laissons faire le temps qui permet d'apprécier les frondaisons de la forêt, puis les pâturages annonçant le sommet. C'est l'époque des premiers foins et les odeurs accompagnent cette montée faite sous la haute surveillance du Mont Charvin.
Petit ravitaillement au sommet du col puis dégringolade sur Héry. Tout va bien, même très bien.

Les gorges de l'Arly sont remontées avec l'accompagnement du murmure du torrent. Bifurcation à droite, direction Crest Voland. Les premiers lacets annoncent le début du col des Saisies. Les deux premiers kilomètres ne posent pas de problème, puis soudain ... plus de jambes, plus de force ! Malgré le 30x28, je n 'avance plus. L'arrêt s'impose et je mange. Tout y passe, y compris le consistant prévu pour l'heure de midi. C'était donc une fringale ! En conséquence, tout doit rentrer dans l'ordre, après assimilation ?

C'est être présomptueux ! Je remonte sur le vélo, mais la forme ne revient pas. Je continue l'ascension du col "à l'agonie". Dieu ! que les kilomètres sont longs, et que la vitesse au compteur est basse. Enfin le sommet !
Je prends une décision irrévocable, et contraire à mes habitudes : j'arrête là !

A la première cabine téléphonique trouvée dans la station des Saisies, j'appelle mon épouse. Pas de réponse. Habitant sur mon lieu de travail, je contacte un collègue qui m'annonce que ma femme, pour me faire une surprise, me rejoint sur le parcours avec les enfants pour un pique-nique familial.
J'en conclus que n'étant pas encore rattrapé, elle se trouve derrière moi. Je pars à sa rencontre en descendant le col par le côté escaladé. Après près d'une heure d'attente, je pense soudain qu'elle est peut-être au Sommet des Saisies à m'attendre, car venue en sens inverse de mon parcours.

Je remonte donc le col toujours dans le même état de méforme. Je vis un véritable calvaire. Enfin le sommet et... personne ! Direction Notre-Dame de Bellecombe au pied des Aravis. La descente me redonnera peut-être des jambes ?

Mais que nenni ! A Notre-Dame toujours personne. Donc ma femme doit être derrière moi. Et si elle s'arrête aux Saisies maintenant que je suis devant elle ? La fatigue fait que je ne suis plus en état d'analyser correctement la situation, et je remonte sur le vélo, et pars pour une troisième escalade de ce col des Saisies.

C'est l'enfer ! Je me traîne. Une limace doit être plus rapide que moi. Au sommet, personne ! C'en est trop ! Une pelouse avec un arbre m'attire irrésistiblement et je m'allonge pour récupérer.

Je m'endors presque aussitôt et me réveille alors qu'il est 14 heures passées. Mais je me sens mieux. A la remise en selle, je constate que les sensations reviennent. Je redescends sur Notre-Dame de Bellecombe, et attaque le col des Aravis. Il me paraît long mais je le franchis sans problème particulier. Plongée jusqu'à Thônes, où mon épouse m'attend avec inquiétude. Eclats de rire réciproques à la narration de mon aventure. Régine est passée aux Saisies pendant ma sieste.

Trois fois les Saisies dans la même journée aprés avoir rencontré l'homme au marteau, m'en laisse un souvenir impérissable. Il y a les cinglés du Ventoux et du Colombier, je suis le cinglé des Saisies. D'ailleurs depuis ce jour néfaste de 1984, je n'ai jamais remis mes roues sur ce col. Appréhension, superstition, peur ? Allez savoir ?

Bernard VIEILLARD N°1355

de WITTENHEIM (Haut-Rhin)


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