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Un maillot si particulier...

Revue N° 31 Page 17

Cette journée devait marquer la fin d'un agréable séjour dans les Pyrénées Orientales et mon épouse m'avait accordé la journée entière. Je l'avais imaginée pleine de surprises et je savais que le port de la tunique bleue des "100 Cols" en assurerait le bon déroulement. Parti de Céret sous un soleil radieux, l'itinéraire inspiré des suggestions publiées dans deux revues m'offrit une succession de petits cols dont la beauté n'avait d'égale que la simplicité : Col de Llauro, Collada de Rimbault, Collada dels Francesous. Avant Fourques les premières surprises ne se firent pas attendre : des autruches sur le bord de la route, des cyclos dont même les plus aphasiques répondaient à mes bonjours, une déviation qui me coupait la D615. La DDE venait de m'offrir le Col de Rousse que j'avais volontairement écarté de la rando; quitte à faire un peu de rab, je pouvais rallier ce col.

Après Trouillas, un véhicule me doubla en direction de Thuir, en klaxonnant évidemment, les occupants m'adressant de larges signes; les signes étaient amicaux, deux vélos étaient chargés sur le toit et la plaque minéralogique m'indiqua que ces deux-là n'étaient pas là que pour les beaux yeux du Canigou, étincelant avec son écharpe de neige. J'eus un pressentiment : j'étais sûr de les revoir. Après tout, au cours de ces vacances, j'avais souvent partagé l'itinéraire d'autres cyclos intrigués par ce maillot bleu si particulier. Un VTTiste rejoint entre le col de Llagastera et le col des Gascons m'accompagna jusqu'au sommet de la Tour Madeloc sur un chemin tout aussi épique que celui qui franchit le Col de Banyuls, où deux jours après, sans concertation, nous nous étions retrouvés. Je n'oublierai pas non plus les VTTistes espagnols perdus sous l'orage au col d'Ares au-dessus de Prats-de-Mollo; avec ma carte, un peu d'anglais et beaucoup de gestuelle ils repartirent sur le bon chemin. Que dire du tandem croisé au coucher du soleil au col de Grand Bau sur une magnifique route de crête qui évite la N114 pour rejoindre Cerbère ?
Après Thuir et l'ascension d'Als cols, Castelnou se dévoilait dans les lacets de la descente. Je devinais la présence de cyclos derrière moi, même si pour l'instant ils n'étaient encore que mirage et rêve. Une halte à Castelnou s'imposait de toute manière et me permettrait peut-être de vérifier ce songe. En franchissant à nouveau la porte fortifiée, j'aperçus deux cyclos. J'avais vu juste: les maillots m'indiquaient qu'il s'agissait bien des savoyards qui m'avaient doublé en voiture. Les kilomètres qui suivirent furent partagés avec Claude et son disciple, jusqu'à l'église de Fontcouverte, ils restent le meilleur souvenir de ma randonnée.

Peu importe la fin de la randonnée avec son cortège de petits cols (Notre Dame des cols, col de Prunet de Baix, El collet, Col Fourtou, col del Fang, col del Ram, col Xatard, col d'Oms et col del Peiro), peu importent les sites merveilleux qui émaillèrent la fin de journée (vues sans cesse renouvelées sur le Canigou, chapelle de la Trinité, hameaux de Calmeilles, dOms, de Taillet, le pont de Reynes et bien sûr Céret), je ne me souviens que de cette "longue" discussion avec Claude. Tout pouvait nous séparer, mais un maillot nous avait réuni pour quelques kilomètres et deux cols à l'autre bout de la France. Je venais de retrouver les joies de la montagne et la récompense des bonnes résolutions prises au sommet de l'Aubisque (cf. revue n°30). Avec ce maillot bleu tant convoité, je redécouvrais enfin l'émerveillement et l'enchantement des premiers cols quels que soient leur nombre, la région, les conditions météorologiques, et la hauteur des cimes à franchir.

Eric Lastenet

CC 3191


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