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J'avais imaginé ...

Revue N° 27 Page 40a

J'avais imaginé, par ce petit matin de la mi-juillet, à l'heure où la lumière crue de l'été enlumine la pointe sombre des mélèzes, où la fraîcheur de l'ombre laisse craindre une chaude journée, où l'air de la montagne est si limpide qu'il en devient palpable dans toute sa fluidité, que nous serions nombreux à grignoter ensemble le cheminement ardu qui mène jusqu'au col.

J'avais imaginé qu'il me fallait y aller parce qu'il était une référence, que tout le monde en parlait et qu'un "Cent Cols" ne pouvait valablement faire l'économie de s'y rendre.

J'avais imaginé ma fierté de dire "J'y suis allé, j'y étais !". Je n'attendais pas que l'on me répondit "Voilà un brave ! " mais, tout de même, espérais-je au moins un soupçon de connivence entre initiés.

Je grimpe... la forêt... l'alpage... la caillasse...
Le Col, lui, joue à cache-cache. Je le devine ici ou plutôt là. Vers la droite. Mais non, certainement plus à gauche, plus haut ou probablement plus bas. Aux alentours, tout est vide : l'espace, le temps, la lumière, le silence. Lui, il occupe majestueusement ce vide lunaire, fascinant, envoûtant, minéral. Moi, je suis seul. Je pédale parfois. Je marche souvent. Je repédale et remarche. J'avance ... Dans cette infinie solitude, je me sens bien, léger. Lui est maintenant dans mon champ de vision. Il ne recule plus, ne fuit plus, ne se cache plus. On s'affronte à la loyale, les yeux dans les yeux.

Encore un sursaut, et je le coince sous la crête. Un trou noir, le ciel bleu, un véhicule 4x4, une moto de trial, un vététiste et moi, et moi ! Point de vagues montantes de cyclos bariolés, poussiéreux et suants... J'avais imaginé...

Le Parpaillon ne serait-il plus ce qu'il était ?

Pierre MOUNIER N°3273

de PARMILIEU (Isère)


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